[Interview] Gabriel Evêque, Pilote de DC-3, Carrefour de l’Air 2013

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Un problème de son pendant l’enregistrement de l’interview de Gabriel Evêque dans le cockpit du DC-3 de l’association France DC3 nous empêche de le diffuser. Nous vous en proposons cependant la transcription précise ci-dessous. L’interview fût réalisée par Frédéric Marsaly :

Retour vers un rêve d’enfant avec Gabriel Evêque, pilote du DC-3

 DC-3 arrivé

Frédéric Marsaly : Mr Évêque, vous êtes donc le commandant de bord du DC-3 de l’association France DC-3. En quelques mots est ce que vous pouvez nous présenter l’avion et nous dire en quoi le DC-3 est un avion qui n’est pas comme les autres ?

Gabriel Evêque : On m’a déjà posé des milliers de fois la question. C’est un avion mythique à plus d’un titre, d’abord parce qu’il a marqué la transition dans le transport aérien entre ce qui existait avant et le transport moderne. C’est un avion, bien qu’il ait été construit il y a 70 ans, comporte tous les éléments que l’on retrouve sur les avions modernes, même l’A320. Ce n’est pas exagéré de faire une comparaison par rapport à ce qui existait à l’époque. C’est un avion qui a été construit suite à un programme qui a été déposé par les compagnies aériennes américaines. Il s’agissait ni plus ni moins d’aller d’une côte à l’autre. Donc il a fait son premier vol en 1935. Ensuite avec le succès qu’on connaît, il a été commandé partout. Puis, l’Amérique rentre en guerre en 1941. Donc on mobilise tous les avions civils pour les besoins militaires et l’US Air Force en commande massivement à Douglas. Au final il y a eu 12000 exemplaires construit. Ils ont été utilisés par l’US Air Force et la RAF un peu partout.

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FM : Ce qui explique après la guerre que tous ces avions se sont retrouvés sur le marché civil et ont permis le développement de l’aviation commerciale ?

GE : Ca a été l’ossature de toutes les compagnies aériennes après la guerre qui sont sorties des ruines. Donc ces avions ont été disponibles en grand nombre, pour pas chers. Ce qui fait qu’il est connu dans le monde entier soit par les militaires, soit par les civils qui les ont pilotés soit des gens qui étaient passagers. Il y a des générations qui ont été marqués par le DC-3

FM : Et pour vous M. Evêque, le DC-3 dans votre vie c’est ?

GE : Dans ma vie, ça a été le premier avion de transport que j’ai piloté parce qu’ensuite ça s’est arrêté à l’Airbus 330, donc j’ai piloté toute une gamme d’avion en 30 ans. Mais celui-là ça a été le premier, ça a été mon premier avion sur lequel j’ai été commandant de bord avec des passagers derrière, donc ça ne s’oublie pas ça. J’avais 28 ans à l’époque.

FM : Et donc cet avion vous a laissé de tels souvenirs qu’une fois la retraite arrivée on replonge en enfance ?

GE : Tout à fait, ça a été un moment de ma carrière, et ensuite j’ai eu la chance de connaitre toute une équipe de fanas de cet avion, pas forcément des pilotes d’ailleurs, qui se sont joints à moi pour qu’on le restaure parce qu’il était promis à la ferraille. A l’heure actuelle, si on n’avait rien fait, il aurait été détruit. Ça aurait été très dommage.

FM : Aujourd’hui, avoir maintenu un DC-3 en état vol en France, dans un monde moderne, c’est plus qu’un challenge, c’est un défi ?

GE : On va dire ça comme ça. C’est un défi. Il a fallu d’abord, beaucoup d’énergie et puis ensuite se faire reconnaître. Se faire reconnaitre des pouvoir publics par notre compétence et je pense que c’est chose faite maintenant. Donc on est reconnu par la DGAC, auprès d’Air France, il faut dire que toute l’équipe, ce sont des anciens, ce sont tous des professionnels et on vient tous de compagnies aériennes, notamment d’Air France, mais pas seulement, et ça c’est un gage de sérieux.

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FM : Tous ces gens viennent d’Air France et cet avion porte une décoration qui est celle d’Air France des années 50, il n’y a pas de hasard ?

GE : On est très fier de porter le maillot d’Air France, de véhiculer son image à droite et à gauche, c’est un beau cadeau qu’Air France nous fait, de nous donner sa confiance.

FM : Donc, vous avez un partenariat avec la compagnie aérienne ?

GE : On ne va pas appeler ça comme ça, mais dire à quelle hauteur se situe le partenariat. C’est surtout qu’Air France met à notre disposition son potentiel et nous affrète, dans la mesure de ses besoins pour véhiculer l’image. Ça consiste à amener l’avion pour des manifestations à l’étranger ou en France.

FM : Mais cet avion, en particulier, a une histoire elle-même particulière, c’est-à-dire qu’il a participé aux opérations du 6 juin 44, qui a participé au pont aérien de Berlin donc qui a une décoration civile alors qu’il aurait été aussi simple d’avoir une décoration militaire. Il y a donc vraiment un choix quelque part.

GE : Ca a commencé effectivement comme ça, avec des décorations militaires, notamment avec les groupes qui se sont illustrés pendant la guerre d’Indochine. Cet avion, si vous voulez, au début, a porté les couleurs des différents groupes qui ont opéré notamment à Dien Bien Phu, mais bon, il est quand même préférable d’avoir un partenaire comme Air France que l’armée de l’Air d’aujourd’hui qui a bien d’autres priorités. Donc il a fallu faire des choix, je pense que le choix il a été vite fait, ça ne veut pas dire qu’on n’a pas une pensée particulière pour l’armée de l’Air, ça c’est certain mais il fallait que cet avion vive et là il n’y avait pas le choix.

FM : Donc cet avion vit, il est même très très vivant puisqu’on le voit régulièrement dans les meetings aériens partout en France. Vous faites combien d’heures de vol avec lui chaque année ?

GE : C’est très variable, il y a deux ans on a fait 150 heures de vol ce qui est énorme car Air France nous avait affrété pour aller au Sénégal et un peu à l’étranger, et avec la crise les civils qui organisent les meetings aériens hésitent à nous faire traverser la France et nous inviter car c’est un avion qui coûte cher et du coup l’an dernier on n’a fait que 36 heures et je crains que cette année on ne fasse guère plus.

FM : Est-ce qu’on aura le plaisir de vous voir au Meeting aérien de la Ferté-Alais ou au Salon Bourget cette année ?

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GE : Au Bourget oui. A la Ferté-Alais, on n’est pas invité cette année, mais peut-être que le thème de la manifestation, du meeting, ne s’y prête pas.

FM : Mais on vous verra au Salon du Bourget, ça veut dire que vous allez voler pendant le salon ou juste le dernier weekend ?

GE : On va voler deux fois par jour, avant l’ouverture des présentations en vol et une fois à la fin mais on va voler pour Air France.

FM : Vous allez donc faire de l’incentive pour l’entreprise et emmener quelques VIP pour découvrir les joies de l’aviation telles qu’on ne les connaît plus ?

GE : Tout à fait.

FM : Merci de nous avoir accueillis à bord de votre avion et rendez-vous en Juin ici même !

 

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